Métiers du bâtiment : des formations encore peu adaptées aux enjeux actuels

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Source Actu-environnementr 05/06/2012

Alors que le Grenelle de l’environnement a fixé des objectifs ambitieux en termes d’efficacité énergétique du bâti et de rénovation thermique du parc ancien, les formations aux métiers du bâtiment et des EnR semblent encore inadaptées aux enjeux.

De nombreuses études ont déjà alerté sur l’inadéquation des formations du bâtiment et sur la pénurie de professionnels bien formés aux nouveaux enjeux.

Las... Le centre académique de formation continue (Cafoc) de Nantes a réalisé, pour l’Ademe, une étude sur les besoins de formation des 24.000 enseignants et formateurs de la filière bâtiment/énergies renouvelables au regard des enjeux du Grenelle de l’environnement. Trois métiers ont été passés à la loupe :

  • la maîtrise d’œuvre et l’ingénierie,
  • les entreprises réalisant les travaux,
  • l’exploitation et la maintenance.

Les constats effectués à propos des pratiques de formation des enseignants et des formateurs indiquent que les priorités sont données à l’acquisition de techniques métiers ou de connaissances technologiques, précise la synthèse de l’étude, ajoutant : L’enquête sur les demandes de formation alerte sur le fait que ces mêmes formateurs jugent l’offre de formation trop parcellaire, souvent théorique et insuffisante. Ils jugent aussi ne pas assez maîtriser les orientations du Grenelle de l’environnement, ses priorités pour le bâtiment et avoir une connaissance partielle des questions de performance énergétique.

Alors que la RT2012 est entrée en application pour le tertiaire à l’automne dernier et qu’elle s’appliquera pour le résidentiel à partir de 2013, définissant les bâtiments basse consommation (BBC) comme la nouvelle norme, ces constats soulignent le retard pris par la filière face à ces enjeux. Ainsi, cinq ans après le début des travaux du Grenelle de l’environnement et trois ans après le lancement du Plan bâtiment Grenelle, les formateurs et les enseignants cernent de façon approximative les raisons d’être des priorités pour le bâtiment ainsi que les objectifs précis qu’elles poursuivent. Il en va de même pour le concept de performance énergétique et pour les réglementations thermiques actuelles ou à venir, notamment celle sur la rénovation énergétique.

Informer et former les formateurs

Renforcer l’information sur le Grenelle de l’environnement, sur ses raisons d’être et ses conséquences et impacts sur les comportements au travail (enjeux et priorités du Grenelle, évolution des réglementations, mise en œuvre de la démarche environnementale et de l’écoconstruction) est "un préalable et une condition de réussite de tout dispositif de formation (…). Aujourd’hui, s’ils sont sensibilisés à la thématique générale du développement durable et des économies d’énergie, ils sont loin de maîtriser les repères clés du Grenelle de l’environnement", détaille l’étude, qui fait de l’information la première de ses recommandations. Mais même lorsque les formateurs sont conscients des enjeux et des évolutions des métiers du bâtiment et des énergies renouvelables, ils ont des difficultés à "opérationnaliser le concept « d’approche globale »".

Selon l’étude, chaque professionnel doit pouvoir identifier les enjeux en appréhendant le fonctionnement général du bâti et en prenant en compte les éléments spécifiques pour réaliser son intervention, connaître les métiers connexes (contraintes, évolutions), vérifier la qualité de son travail en se conformant aux recommandations de son métier et en évitant les malfaçons, expliquer aux autres intervenants les précautions à prendre pour ne pas détériorer le travail réalisé. Ces savoirs doivent être actualisés régulièrement afin de pouvoir prendre en compte l’évolution rapide des normes, des technologies et des techniques.

Etablir des ponts entre les métiers dès la formation

Concrètement, développer ces compétences requiert de modifier en profondeur l’organisation des ateliers dans les établissements d’éducation et de formation de façon à favoriser la coopération et les interactions entre les différents corps de métier. Si les jeunes et les adultes mobilisent en formation ces comportements nouveaux, il leur sera plus aisé de les transférer en situation de travail. Encore faut-il qu’au-delà des discours et des enseignements, les organisations mises en place induisent ces comportements et gestes professionnels.

Pour mobiliser l’ensemble du corps enseignant, les chefs de travaux dans les lycées, les responsables de filières dans les CFA, les coordonnateurs d’actions dans les organismes auront un rôle majeur à jouer dans le dispositif global en tant qu’animateur et accompagnateur des équipes pédagogiques. Ils devront être les personnes-ressources lorsque la formation ouverte et à distance sera mobilisée, les initiateurs du développement de la culture scientifique et les organisateurs des parcours individualisés.

Ceux-ci devront approfondir leurs connaissances afin d’être "garants de la cohérence d’ensemble du dispositif à l’échelon des établissements et organismes de formation". Trois domaines sont considérés comme essentiels :

  • l’organisation des formations pour favoriser la coopération entre les métiers,
  • l’amélioration de la performance énergétique au sein de son cadre de travail,
  • la mise en œuvre d’une démarche visant à réduire les nuisances et à optimiser la gestion des déchets au sein de son cadre de travail.

Chacune de ces thématiques serait abordée sous l’angle de la conduite de projet mobilisant un collectif de travail car la visée première est que ces personnels puissent impulser des projets qui s’inscriraient dans le cadre global du projet de l’établissement ou de l’organisation, préconise le Cafoc.

Les compétences indispensables

L’étude se penche ensuite sur les points précis à développer par métiers. Pour la conception architecturale, l’ingénierie et l’économie de la construction, il s’agira, outre de développer une culture généraliste et un esprit critique, de connaître les matériaux et les techniques de mise en œuvre, de maîtriser la thermique du bâtiment, les systèmes intelligents de contrôle de la performance et la mesure physique et de maîtriser les spécificités de la rénovation d’un bâtiment.

Les métiers de la maçonnerie et du gros œuvre devraient prendre en compte les phénomènes d’échanges thermiques dans un bâtiment, les principes de migration de vapeur d’eau dans les parois, maîtriser le métré, les outils de mesure et les techniques d’isolation par l’extérieur.

Les échanges thermiques et les migrations de vapeur devront également faire partie de la formation des métiers de la charpente et de la construction bois, tout comme le traitement des interfaces entre le bois et les autres matériaux.

Les formations à la menuiserie devront intégrer la maîtrise des incidences thermiques et énergétiques des différents matériaux, appréhender les principes de confort thermique d’un bâtiment, les phénomènes d’échange thermique et maîtriser les techniques de pose.