Un autre regard sur le petit bâti Ariégeois

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Source Ariègenews 08/08/2012

Durant de longues années, le petit patrimoine rural a été négligé, laissé à l’écart, parce qu’il avait perdu ses fonctions premières. Le terme même de « petit bâti » a peut-être participé au manque d’intérêt porté à ce patrimoine témoin de véritables savoirs faires locaux aujourd’hui disparus, ou vestiges de modes de vie ruraux oubliés de nos jours.

Très souvent, le petit bâti fait tellement partie du paysage, qu’il n’est plus regardé.

De plus, il est quelquefois « parasité » par d’autres fonctions (publicité, poteau électrique ou téléphonique, boîtes aux lettres, poubelles, etc ...).

Les façades sont celles qui font le plus souvent les frais de cette négligence.

Il est fréquent de voir des murs anciens, parfois salis par le temps ou les pollutions industrielles, mais pourtant intacts, dénaturés par des panneaux publicitaires de plus en plus grands.

Emblème d’un savoir-faire disparu, le four à pain, de forme semi-sphérique, ressortant des façades rurales.

Bâti en briques de terre cuite, il se situe toujours proche de la cheminée, soit entièrement à l’intérieur de l’habitation, soit encastré dans l’angle formé par un pignon et un mur gouttereau, soit à l’extérieur de la maçonnerie.

Il est facilement reconnaissable car repose sur le sol ou en encorbellement sur des solives de bois supportées par des contre-fiches.

Dans ce dernier cas, il est protégé des intempéries par une double peau en maçonnerie de pierre enduite avec un mortier de chaux et recouvert en partie supérieure par des ardoises ou des lauzes.

Dans la région, les cheminées sont massives placées sur un pan de la toiture de l’habitation.

Elles sont généralement implantées sur le mur pignon amont, souvent le moins bien exposé (le pignon et le versant les mieux exposés étant réservés pour les galeries, loggias ou lucarnes d’éclairement et de ventilation).

La souche de cheminée bâtie en maçonnerie de pierres ou de briques de terre cuite est plus ou moins massive selon que la toiture est à deux ou quatre versants.

La sortie haute doit se trouver à une hauteur supérieure à celle du faîtage pour une meilleure évacuation des fumées.

Le couronnement est assuré soit par des lauzes de recouvrement à plat ou bâties en mitre soit par une tôle pliée ou courbe.

Les maisons anciennes se remarquent également par leurs nombreuses formes de lucarnes, (rampante, fenière, à croupe, débordante...) de dimensions plus ou moins grandes, assurant l’accès, l’éclairage ou la ventilation des combles selon les usages.

Ces ouvertures sont couvertes d’ardoises débordantes et protégées sur les jouées d’un bardage en ardoises assurant l’étanchéité de l’ensemble.

Les lucarnes fenières (ouverture au grenier par laquelle on passait le foin) et les outeaux (ouvertures aménagées dans les couvertures en ardoises et servant à la ventilation) équipent plutôt les granges, les capucines, les maisons d’habitation.

Ces dernières sont équipées de châssis vitrés à un seul ouvrant. On en rencontre souvent dans la vallée de Balaguères.

Le CAUE (Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement) de l’Ariège prône quelques conseils pour une meilleure valorisation de ce petit bâti.

Ainsi une des premières mesures de valorisation est d’éliminer dans l’environnement immédiat tous ces éléments rapportés troublant une bonne lecture.

Il est maladroit de modifier un lavoir bâti en abri bus où en cache containers en démolissant ses bassins.

Il est plus judicieux de valoriser ce patrimoine en affirmant ses anciennes fonctions plutôt que de les nier en lui en attribuant d’autres.

Sur les granges ou maison d’habitation, il est préférable de prévoir des lucarnes de petites dimensions (surface d’ouverture inférieure à 0.5 m2) ; de penser à la composition des lucarnes de toiture en relation avec les ouvertures de la façade ; de ne pas mettre de volets extérieurs aux capucines ; d’éviter les fenêtres de toit de type « velux » ou ouvertures en PVC blanches ; d’adapter le type d’ouverture à la nature du bâti, plutôt des couteaux pour les anciennes granges, des capucines pour les maisons de type cossu ; de penser à bien vérifier l’étanchéité des solins à l’entourage des lucarnes, de la couverture et des bardages des jouées.

Des conseils utiles, non dénués de bon sens, pourtant parfois oubliés ou victimes du profit ou de la facilité.