Quels premiers enseignements pour la rénovation énergétique ?

Partager par e-mail Partager sur Twitter Imprimer cette page

Source Le Moniteur 01/06/2012

Les logements neufs ne représentant qu’1% du parc, la rénovation énergétique des bâtiments existants est un enjeu majeur pour atteindre les objectifs du Grenelle. Rien d’étonnant alors que l’Agence Qualité Construction ait choisi cette thématique pour son grand-rendez-vous annuel.

Organisé le 31 mai à la Défense, le 14e rendez-vous de l’Agence Qualité Construction (AQC) a voulu autour du sujet de la « Rénovation des Bâtiments » dresser un état des lieux à travers l’expérience d’acteurs de la construction et tirer les premiers enseignements des opérations réalisées.

Selon Catherine di Costanzo, Responsable du département Energie-Développement durable de l’USH (Union Sociale pour l’Habitat), 800 000 logements seront à traiter d’ici 2020. L’objectif prioritaire est que les appartements rénovés aient un impact sur les charges des ménages. Pour autant, pas question de faire la course au kWh, car « rajouter des solutions innovantes, souvent chères n’apportent pas un gain d’économie d’énergie très supérieur », précise-t-elle. Sur les 28 000 euros (dont la moitié en thermique) investis dans la rénovation d’un logement, 68% proviennent de prêt, 18% de subvention et 14% de fonds propres. Compte tenu du montant élevé de la rénovation, Catherine di Costanzo insiste sur l’enjeu d’économiser sur les charges. Si l’enveloppe, puis le chauffage et enfin les bouquets de travaux sont les traditionnels leviers de la rénovation, elle reste plus sceptique sur le solaire thermique : Sur 12 000 logements, un quart y ont recours et les résultats sont mitigés. Par contre, elle milite pour que la maintenance remonte dans la chaîne de recherche des économies d’énergie : En ce qui concerne la rénovation, l’entretien est la clé de la réussite.

Pour l’Agence nationale de l’habitat (Anah), qui apporte des financements pour le parc privé (82% des résidences principales en France), la problématique est différente. L’objectif est de trouver la stratégie patrimoniale des propriétaires privés et les inciter à engager des travaux, explique Soraya Daou, Responsable du service des études, de la prospective et de l’évolution de l’Anah.

Reste que pour les propriétaires-occupants très modestes (la précarité énergétique concerne 3,8 millions de ménages en France, soit 14,4% de la population qui dépense plus de 10% de ses revenus dans l’énergie), les premiers travaux engagés seront ceux qui permettent des économies immédiates, comme l’isolation et le chauffage.

Jouer sur les équilibres

Abondant ces différents exposés, Alain Maugard, Président du Conseil d’orientation du programme RAGE, définit la réhabilitation comme l’optimisation raisonnable sur les équilibres : ne pas faire du kWh pour en faire, travailler sur l’enveloppe et ne pas exagérer sur la thermique, et bien sûr faire adhérer les occupants à cette rénovation énergétique, quitte à retravailler sur les visions culturelles.
Il évoque par là-même l’idée de diriger l’épargne privée, actuellement élevée, vers les travaux « d’épargne d’énergie » et dans la perspective du blocage des loyers, annoncé par le Président de la République, de débloquer ces loyers si des travaux d’économie d’énergie ont été engagés.

Concernant la qualité et les compétences maîtrisées, Guy Ecoffey, Directeur général adjoint de Brézillon, représentant EGF-BTP, rappelle que ce qui intéresse les donneurs d’ordre, c’est d’avoir une certitude sur la consommation réelle et souligne l’importance de faire une modélisation du bâtiment et de connaître au plus près le fonctionnement du bâtiment ; ceci, en restant dans un objectif de coûts. Cependant, si nous n’intégrons pas dans nos calculs l’usage du bâtiment, il faut des lectures faciles pour les usagers, souligne-t-il. Il estime par ailleurs que le contrat de performance énergétique (CPE) est essentiel dans la démarche, d’autant qu’il va favoriser la qualité d’exécution des travaux.

Concevoir en fonction des usages

Lors de ce colloque de l’AQC, certains propos reviennent comme des évidences. La rénovation énergétique est synonyme de choix et de discernement compte tenu du coût engendré.

Autre constat, la technique s’impose dans la conception alors qu’il faut concevoir aujourd’hui en fonction des usages. Un lien doit absolument être créé entre les concepteurs et les utilisateurs. Un gros chantier de communication et d’affichage est à inventer aujourd’hui qui ne soit pas culpabilisateur pour l’usager.

Enfin, il faut intégrer l’entretien du bâtiment pour un engagement de garantie. Et Maurice Di Giusto, Président de l’UNA Couverture-Plomberie-Chauffage de la Capeb, de rappeler que les artisans du bâtiment s’intéressent de près au SAV. A terme, il n’y aura plus une seule personne qui se chargera d’entretenir la chaudière, mais plusieurs pour s’occuper du bâtiment.

L’évolution a conduit à ce que l’on attende plus d’un bâtiment que dans les années 80. Outre l’aspect purement énergétique, la responsabilisation sociale et environnementale intègre tout ce à quoi devront répondre les bâtiments : la santé, l’hygiène, le confort et la sécurité. A commencer par la qualité de l’air. Le problème n’est pas de laisser les fenêtres fermées, mais plutôt de savoir à quel moment les ouvrir !