Performance énergétique : à surveiller dans la durée

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Source Le Moniteur 06/06/2012

Pour se conformer à la nouvelle réglementation thermique et basculer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats, la qualité de conception et de mise en œuvre ne suffit plus : un suivi du fonctionnement et des consommations des bâtiments s’impose. Le management de l’énergie, les contrats de performance énergétique ou le « commissioning » ont été les méthodes mises en exergue à l’occasion de la première édition du salon BatiEnergie.

Si la réglementation thermique impose un premier niveau de durcissement en termes de performance énergétique, elle n’a aucune prise sur les usages des occupants et donc sur le degré de performance effective des bâtiments. Toutefois, la notion de performance énergétique « intégrale », maintenue dans le temps, fait son chemin.

Interventions sur le bâti : des gains « faciles »

Afin de répondre concrètement à cette nouvelle exigence, l’assistance à la maîtrise d’ouvrage passe désormais pour incontournable. Les sociétés d’exploitation l’ont bien compris et n’hésitent plus à assortir leurs services énergétiques d’engagements sur la performance. Dalkia en a fait la démonstration en donnant un aperçu de son expertise, à travers quelques exemples concrets : la Tour First du quartier de La Défense, ou la Tour Mirabeau àParis, où siègent le CSA et plusieurs services du ministère du Travail, devraient prochainement faire l’objet de contrats d’exploitation adossés à des garanties de résultat en matière d’économie d’énergie.
En première approche, la méthode appliquée par Dalkia touche aux caractéristiques intrinsèques du bâti dont il assure l’exploitation. Le fonctionnement des équipements recèle des économies d’énergie relativement simples à obtenir. Dans un autre cas, celui de la Tour Egée, également située à La Défense, il a été possible de réaliser une réduction des consommations des centrales de traitement d’air de 20 % rien qu’en modulant les débits d’air neuf.
D’autres leviers encore plus accessibles, identifiés lors de la phase d’audit, peuvent être actionnés, comme le remarque Claude Bastian, responsable technique de centre : « L’organe visé peut être très basique, tel un simple store ou un toit ouvrant en atrium, mais son pilotage peut s’avérer intéressant ». Et d’insister sur le « fonctionnement bioclimatique » du bâtiment étudié : « Souvent pensé par les architectes et les bureaux d’études, ce fonctionnement bioclimatique est fréquemment négligé par les occupants, voire les exploitants », regrette-t-il.

Convertir les ressources humaines

Le comportement des usagers est un autre de ces leviers qu’il convient de ne pas minimiser. La concrétisation des performances théoriques en performances réelles passe par une sensibilisation, voire une formation à une utilisation plus vertueuse des équipements (chauffage, rafraîchissement, climatisation, éclairage). Il est même explicitement question de « management » de l’énergie, à travers la norme ISO 50 001 de l’Afnor, effective depuis l’an dernier.
Plutôt destiné aux maîtres ouvrages du tertiaire ou de l’industrie, ce référentiel fait de la gestion de l’énergie un élément structurant de la stratégie d’entreprise, en imbibant toutes ses strates, de l’exploitation-maintenance (paramétrage des équipements techniques) à la politique d’achats (choix d’équipements respectant des critères de performance), en passant par la direction des ressources humaines (sensibilisation du personnel occupant à l’aide de plaquettes ou de guides d’utilisation, journées « vertes » en entreprise).

Le commissioning, nouvelle figure imposée ?

Pour les programmes de construction neuve, le respect de réglementations de plus en plus drastiques pourrait faire passer au premier plan la notion de « commissioning » (parfois nommé « commissionnement »), qui nous vient des Etats-Unis. Pour faire simple, le plan de commissioning est une sorte d’audit de tout le processus de conception-réalisation, visant à atteindre les objectifs réglementaires et à maintenir le niveau de performance des bâtiments sur toute leur durée d’exploitation.
Pour Hicham Lahmidi, responsable développement et méthodes « énergie » de Bureau Veritas, la donne est simple : « En analysant les nouvelles réglementations (RT 2012, obligation de travaux dans le tertiaire d’ici à 2020), un maître d’ouvrage a désormais deux possibilités : se passer d’un plan de commissioning et supporter 100 % des risques de non atteinte des objectifs énergétiques et environnementaux ; éviter ce risque en faisant appel à un tiers pour établir le plan de commissioning visant le renforcement des vérifications à chaque étape critique. »
De fait, en introduisant une véritable contre-expertise longitudinale des projets (de la phase de conception jusqu’après livraison et expurgation du délai de garantie), le commissioning pourrait contribuer à redéfinir le jeu d’acteurs : « Il doit être porté par une tierce partie, tranche Hicham Lahmidi. L’entreprise de maintenance, qui assure un contrat d’exploitation dans la foulée d’une opération, ne peut pas proposer un plan de « commissioning » sans éviter un conflit d’intérêt, de même qu’un fournisseur d’énergie ou que l’équipe de maîtrise d’œuvre du projet en question. »

Un nouveau marché convoité

Les bureaux de contrôle auront-ils une prééminence sur ce nouveau service ? Rien n’est moins sûr, d’autres acteurs ayant déjà manifesté des velléités similaires. Le bureau d’études Cardonnel Ingénierie est de ceux-là. Il ambitionne de transposer le commissioning au secteur résidentiel en créant un nouveau référentiel, avec le concours du Synasav (Syndicat national des entreprises de service après-vente). Baptisé pour l’heure « e-Confort », ce référentiel semble focalisé sur le suivi longitudinal des lots fluides (eau et énergie) : « Une installation doit être bien conçue et composée de produits de qualité, mais doit également maintenir ses performances dans le temps, explique Christian Cardonnel, président de Cardonnel Ingénierie. Il est donc impératif d’assurer un suivi des consommations afin de prévenir les dérives. » Et de souligner que le résidentiel, au même titre que le tertiaire, fera désormais l’objet de cette « maintenance prédictive », à quelques nuances près : « En résidentiel, la facture énergétique est de l’ordre de 10 à 15 euros par mètre-carré. Il faut donc mettre en œuvre une maintenance à coûts maîtrisés. »