Maison individuelle ossature bois et remplissage terre-paille | Carla Bayle (09)

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Retour d’expérience sur une maison construite en terre-paille en 2007, ou comment concilier sobriété énergétique (pendant le chantier et en phase d’usage), ’recyclabilité’ quasi-totale de la construction, forte intensité sociale en phase chantier et grande satisfaction de l’habitant !

Cette fiche a été rédigée en mai 2011 par Alain Marcom (Réseau Ecobâtir).

Le point de vue du maître d’ouvrage

Après l’achat en 2005 d’une magnifique parcelle plein sud, sur une colline à l’entrée de l’Ariège nous envisageons une maison bois pour des facilités d’auto-construction. Mais les permis de construire de la commune passent entre les mains de l’ABF (Architecte des Bâtiments de France), car le village est classé et il n’accepte pas le bois ! Nous contactons la Scoop Inventerre et nous optons rapidement pour une ossature bois avec remplissage terre-paille.

La conception bio-climatique du projet avec une récupération maximum de l’ensoleillement hivernal et les grands débords de toit pour protéger en été est refusée par l’ABF au motif que ce type d’habitat n’est pas « traditionnel » dans cette région ! Pris dans les échéances du début de chantier nous concevons une maison plus conventionnelle et le chantier débute en Avril 2007. Le hors d’eau-hors d’air est exécuté en partenariat avec Inventerre en moins de 6 mois, et le second œuvre en auto-construction à 2 personnes s’étale sur 8 mois.

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Extérieur - Vue Sud-Est

Nous aménageons en Février 2008 dans une bâtisse de 90 m² au sol dont 30 m² en local semi-enterré (technique et rangement) et 50 m² mansardé à l’étage.

Cela fait 2 ans aujourd’hui que nous expérimentons cette maison et le résultat correspond tout à fait à l’idée d’une maison écologique que nous avions imaginée depuis tant d’années. C’est une maison ou il fait absolument bon vivre ! En hiver la sensation d’être vraiment isolé du froid est évidente. Après absence, sans chauffage la maison n’a jamais été en dessous de 15°, et pour gagner les quelques degrés de confort le poêle de masse répond au besoin en 2 à 3 heures. Ce deuxième hiver confirme le précédent, c’est-à-dire qu’avec un peu moins de 3 stères de chutes de scierie en douglas nous chauffons très confortablement l’espace (22° C autour du poêle au moment du rayonnement optimum et 19 à 20° dans tous le reste de la maison. Les journées très froides, je soutiens la flambée quotidienne d’une heure et demie avec une bûche compressée.

Et quel plaisir de rentrer dans la maison avec cette sensation de tiédeur enveloppante quand les murs ne rayonnent jamais de froid ! Les pièces de l’étage sont stables en températures, aux alentours de 18 à 19° pendant tout l’hiver. L’isolation de la toiture est constituée de 25 cm de paille en vrac tassée entre 2 planchers jointifs. Quand il neige, celle-ci reste bien uniformément sur les tuiles pendant plusieurs jours. La chape en béton de terre apporte un confort évident quant à la sensation du contact sur les carreaux de grès jamais froids. Quant au trottoir isolant de 1,50 m de large pour retarder le refroidissement en hiver ou le réchauffement en été de la fondation périphérique, nous n’avons pas d’outils de contrôle sur son efficacité mais la réalisation en est tellement peu contraignante …..

Nous avons complété le projet avec un chauffe-eau solaire et une citerne souple de 30 m3 d’eau de pluie pour l’arrosage.

Pour conclure sur le terre paille c’est un bilan très positif que nous exprimons sans retenue. Sur la technique constructive j’imagine que l’on pourrait améliorer l’encadrement des ouvertures pour faciliter la fixation des volets et puis aujourd’hui si l’on voulait agrandir certaines ouvertures vitrées je ne sais pas si cela serait facilement réalisable car il faudrait modifier un bout de l’ossature.
Encore merci pour cette magnifique réalisation et bienvenu aux porteurs de projets pour des informations supplémentaires.

Le point de vue de l’architecte

La conception de cette maison est bioclimatique, l’adéquation entre l’homme, l’environnement et le bâti trouve son équilibre.

Pour commencer, le mode et rythme de vie des habitants était très clair dès le début. Les différents espaces de vie étaient définis et identifiés selon le temps et l’usage des habitants. Les espaces se sont donc organisés de la manière suivante ; l’entrée près de la cuisine en relation avec le séjour. La salle à manger et le séjour sont orientés de manière à être le plus illuminés possible. La pièce de vie est divisée par un différence de hauteur de plancher en une partie plus intime que l’autre, tout en ayant un rapport avec l’extérieur.

Le séjour, la salle à manger et la cuisine ont une relation avec le garage et le cellier. Ceux-ci ont une indépendance avec l’extérieur. Les pièces de nuit et de travail se trouvent sous la toiture. Le pièces d’eau et de service sont placées de manière linéaire pour trouver une simplicité et une économie de réseaux. Les circulations suivent le long de cette ligne de réseaux, d’est en ouest, entre espaces cachés et espaces publics, aboutissant à l’escalier.

Ainsi, l’implantation de la maison trouva sa place en haut d’un un terrain de fort dénivelé et orienté au Sud, face aux Pyrénées. L’accès au terrain se fait par le haut de celui-ci. Un espace d’arbustes sépare la voie de la maison. Au Nord, se trouve le garage et le cellier. Il n’y a aucune ouverture en élévation puisque cet espace est semi enterré par rapport à la pente naturelle du terrain et fait ainsi office d’espace tampon. À l’Est se trouve l’entrée du garage, la fenêtre de la cuisine et une porte-fenêtre vitrée donnant accès à la salle à manger. Au Sud se trouve l’ orientation principale de l’habitat pour profiter de l’ensoleillement et surtout de la vue sur le paysage. Les ouvertures suivent alors la course du soleil ; deux à l’Est pour la cuisine et salle à manger, deux au Sud ; une pour la salle à manger et une dans une partie du séjour. Une autre baie se trouve à l’Ouest pour laisser entrer le coucher du soleil dans le séjour. Une autre petite ouverture existe à l’Ouest pour ventiler les WC, sous l’escalier. La ventilation se fait de manière naturelle, sans VMC ; les baies ont été conçues pour créer des courants d’air dynamiques balayant ainsi le plus d’espace possible. La douche se ventile vers l’espace tampon qui se ventile en position haute avec deux fenêtres de toit.

Entre les pièces de vie et l’espace tampon se trouvent, les WC, la douche, un lavabo et l’évier en RDC et à l’étage une salle de bain avec baignoire. Le débord de la toiture Sud est calculé par rapport à l’angle d’incidence du point le plus haut du soleil en été. En hiver le soleil rentre jusqu’au fond de l’espace de vie. L’autre pente, au nord, touche pratiquement le terrain naturel. Un drain périphérique protège les murs des remontées capillaires et un troittoir isolant (Est-Sud et Ouest) réduit les ponts thermiques. Une croupe à l’ouest était envisagée mais refusée dès le départ. Un appenti à été conçu en amont du projet pour se protéger des intempéries venant de l’ouest.

La conception concrétisa ces espaces en un grand carré (7x7 m intérieur) accolé d’un petit carré (3x3 m intérieur) acceuillant la cuisine et l’entrée principale. D’un point de vue économique et écologique, la structure fût conçue en ossature bois (éléments de 6x6 cm, pin douglas) sur un soubassement en blocs de béton cellulaire (siporex) et remplie de terre-paille (épaisseur 34 cm, mur fini). On utilisa la terre du terrain et la paille d’un champ d’à côté. On appliqua un enduit terre-chaux en extérieur et un enduit terre en intérieur pour la finition des murs.

L’isolation de la toiture fût l’objet d’un remplissage de paille en vrac. Les planchers bas sont en dalle de terre sur hérisson finis en carreaux de terre cuite. Le solivage de l’étage est en bois (solive 10x16, pin douglas) perpendiculaire au sens de la charpente pour aider à contreventer. Le plancher de finition est un parquet (22 cm) posé sur des feuilles de liège pour l’isolation phonique. Un pôele de masse en position centrale du grand carré apporte le confort d’hiver.

Le point de vue du CeRCAD

  • ­La SCOP Inventerre, qui a assuré la maîtrise d’œuvre, a également effectué le suivi du projet très intéressant, via la mise en œuvre de trois indicateurs : énergie incorporée (mégawatt/heure), émission de GES (tonne eq CO2), intensité sociale (heures/MWh > dépense d’énergie à produire du travail).
  • Le coût des travaux (hors aménagements intérieurs) s’élève à environ 90 000 € dont 15 000 € de matériaux (exclusivement locaux) : c’est l’entreprise qui récupère la valeur ajoutée.
  • ­Problématique de l’assurance et prise de risque du maître d’ouvrage : la maison est assurée pour la structure mais pas pour la partie remplissage.
  • ­Pas de système de ventilation : il serait intéressant d’instrumenter la maison pour évaluer la qualité de l’air intérieur.
  • ­Élément limitant : accrochage d’éléments muraux (nécessité de trouver la structure bois)

Écoconstruction

  • Quantité de CO2 (calculé sur gros oeuvre seulement) : séquestration de 9000 kg équivalent CO2
  • Énergie grise : 530 kWh/m² de SHON

Confort et qualité sanitaire

  • Hygrothermie : Très bon équilibreJamais une trace d’humidité sur les vitres ou miroirs
  • Acoustique : bonne dansla maison Totale insonorisation des sons extérieurs
  • Qualité de l’air : Très agreable
  • Autonomie d’éclairage : aucune

Dimensions sociale et économique du développement durable

  • Distance entre les entreprises et le chantier : 80 km
  • Niveau de cascade de sous-traitance : Pas de sous-traitance
  • Énergie grise : sur gros seulement
  • Nombre d’heures travaillées : 5 mois à 8h/j soit 800h et 12 mois (Chantal et Jean Pierre) à 10h/jsoit 2400h d’où un total de 3200 h rapporté au shon et on obtient 31h /m² de SHON
Choix constructif / équipement

Système constructif

  • Charpente et couverture : Ossature bois, charpente de toiture en douglas non traité local, isolation paille en vrac, tuiles canal en couverture
  • Murs/ enveloppe, plancher, cloisons : Remplissage en terre-paille, béton de terre pour les sols Plancher, isolation sable pour le plancher phonique
  • Parois vitrées : double vitrage bois
  • Finitions : conception architecture plein sud

Équipements

  • Chauffage : poêle de masse
  • Eau Chaude Sanitaire : capteurs solaires thermiques, cumulus électrique
  • Ventilation : gérée par ouverture des fenêtres
  • Rafraîchissement : pas de rafraîchissement
  • Éclairage : lampes basse consommation, commandes manuelles.
  • Récupération d’eau : réserve souple de 30 m3 pour l’arrosage du jardin potager
Chiffres-clé

Contexte

  • Contexte urbanistique : rural

Calendrier

  • Début des travaux : avril 2007
  • Livraison : février 2008

Surfaces

  • Surface totale de l’opération (en m²) : 140 m²
  • SHON RT (m²) : 102 m²

Coûts

  • Coût total de l’opération (en € HT/m² de SHON) : 1827 €
  • Coût du bâtiment (hors VRD et aménagement des espaces verts - en €HT/m² de SHON) : 1484 €

Consommations énergétiques tous usages confondus

Consommation d’énergie primaire totale visée : NC kWhep/m².an
Chauffage :

Consommation d’énergie primaire totale réelle (en kWhep/m².an) : NC
Détails : Chauffage : 54 Eau chaude sanitaire : 9 Eclairage : 5 Rafraîchissement : 0 Ventilation/auxiliaire : 0

Situation géographique