L’Ordimip ouvre le chantier des déchets inertes de la construction

Partager par e-mail Partager sur Twitter Imprimer cette page Diaporama

Source : ToulÉco Green 28/11/2012

On les estime à 253 millions de tonnes. Ce sont les déchets issus du secteur de la construction, et qui en grande majorité, ne trouvent pas le bon chemin vers les décharges : ni recyclés, ni valorisés. Une mission de taille pour l’Observatoire régional des déchets industriels de Midi-Pyrénées (ORDIMIP), qui a co-organisé avec l’ONG Europe Environnement un colloque national sur l’avenir des déchets inertes de la construction. Retour sur une filière qui cherche des voies d’amélioration.

JPEG - 98.6 ko

Comment inciter les professionnels du bâtiment à diriger les déchets inertes de la construction vers les décharges. Aujourd’hui, ces déchets - des gravats, des pierres, de la brique, du verre ou encore des armatures béton - sont majoritairement rejetés aux bord de routes, des rivières. Une pollution visuelle, mais pas seulement. Avec en moyenne 300.000 logements à rénover par an, la question du recyclage de ces déchets se pose à grande échelle, et exige une réflexion en amont : dans le choix des matériaux, dans le respect des réglementations, dans l’acheminement de ces déchets, dans la construction d’une filière de valorisation, et dans la sensibilisation des jeunes en formation.

Un manque de solutions de proximité

Toutes ces problématiques ont trouvé une oreille attentive auprès de l’Observatoire régional des déchets industriels de Midi-Pyrénées (Ordimip) lors d’un colloque national consacré à « l’avenir des déchets inertes et de la construction », qui s’est tenu à Toulouse. Pour Pascal Guiraud, président de l’Observatoire, co-organisateur du colloque avec l’ONG Europe Environnement, les objectifs sont pédagogiques, et incitatifs : « Nous voulons comprendre les freins, et dégager des pistes consensuelles. Mais la réglementation donne les clefs de la récupération des déchets, il y a des procédures d’autorisation à exploiter. »

La filière ne se voile pas la face : les décharges sauvages se multiplient. La raison évoquée est la difficulté pour les professionnels de trouver à des distances raisonnables des déchèteries. « Subir 2 heures de bouchons pour se rendre à Sesquières, pour évacuer de 10 mètres cubes de gravats, ce n’est pas raisonnable », estime ce constructeur.

L’Ademe et le ministère de l’Écologie ont évalué à 253 millions de tonnes la production de déchets issus du secteur de la construction, soit 8 fois plus que la quantité d’ordures ménagères. Le président du Syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères du Carcassonnais, Michel Cornuet, refuse lui l’arrivée invasive de ces déchets dans les décharges destinées aux habitants : « Les particuliers payent pour les déchets des particuliers, nous n’avons pas vocation à éliminer les déchets d’entreprises. On a fait des efforts, mais ce n’est plus possible. » D’aucuns pensent que l’argument du manque de solutions de proximité est fallacieux, et que les professionnels refusent tout simplement de payer pour décharger leur déchets.

Réfléchir en amont aux matériaux utilisés

Gérard Centenero, président de l’Association régionale construire l’environnement Midi-Pyrénées (ARCE), pointe le manque de pratiques de tri sur les chantiers. Un constat qui n’échappe pas à l’Ordimip : « On les nomme déchets inertes, mais ils ont pourtant une incidence sur l’environnement. Ils représentent des masses énormes, et sont rarement seuls », rappelle Pascal Guiraud. « La peinture qui recouvre les matériaux, elle n’est pas inerte. »

Se projeter dans l’après-chantier, ce doit être le travail du maître d’ouvrage : c’est lui, désignent en chœur les professionnels, qui doit imposer un cahier des charges, et étudier les possibilités de valoriser les matériaux qui seront utilisés. Les collectivités sont également concernées dans les contraintes qu’elles imposent lors des appels d’offre. Agir et réfléchir en amont, c’est ce que réalise le secteur de l’éco-construction, qui fait en la matière figure de précurseur : « Nous étudions les produits pour avoir le moins de déchets possible dès le départ. Il faut inculquer cet esprit lors des formations, et inculquer le tri. C’est une question de discipline et de mentalité. »
Virginie Mailles Viard

L’Ordimip, petite structure mais grand chantie

L’Ordimip est une association, financée par des fonds publics. Elle réunit les acteurs du secteur, et affiche une gouvernance multi-partenariale avec les collectivités locales, les associations et l’Etat. Pascal Guiraud, professeur à l’Insa de Toulouse, en est le président. « Ce statut et cette gouvernance garantissent la neutralité du système. L’Ordimip est une toute petite structure, qui se compose de trois salariés. L’association est très active. Elle a une mission d’observation, qui la conduit à évaluer la production des déchets, leur recyclage, et à réaliser un état des lieux en continu. » L’Ordimip produit des bases de données. Elle peut être saisie par l’Etat, l’Ademe, pour donner son avis sur la pertinence d’un dossier.